Dernières Notes »

Archeno du fingelien 385

Alors que je m’entrainais sur des orques, vicieuses et avides de mes bottes de surcroit,

j’aperçu un aventurier humain que je n’avais pas entendu entrer dans le vieux temple…

Mes essences étaient presque épuisées et je m’apprêtais à retourner au dépot…

Je le saluais brièvement et qu’elle ne fut pas ma surprise quand je l’entendis me répondre « salutation le sombre » !!

Rouge pas seulement de sang mais aussi de fureur, je m’approchais de cet insolent et là , devant sa confusion, je ne pus m’empêcher de trouver la situation amusante !

Il se confondit en excuses, prétextant avoir eu du sang dans les yeux…

Une fois l’histoire du tutoiement clarifiée, il m’offrit quelques essences et potions…

que j’acceptais sans plus d’hésitation.

Les paroles de cet humain étaient bien étranges parfois…

Il me dit être sur ces ilots depuis de longs fingéliens déjà, alors que les elfes : pâles et sombres, étaient un même peuple ! Avec un seul et unique représentant !

J’en restais stupéfaite et ne pus réprimer une grimace…

Je pus, une fois de plus, constater que mon peuple n’était pas des plus apprécié sur ces îlots…

Nous avons échangé quelques propos et je devinais qu’il modifiait un peu sa vision des Sombres…

Allant même à reconnaître avoir du respect pour notre Ilharess : endosser la responsabilité de Chambellane n’est pas chose facile…

Je retournais m’entrainer en mémorisant une de ses phrases : « au combat, la patience est la clé de la réussite »

Jour 26 Archeno – Fingelien 385
Après ma nuit avec Yloken, je me suis réveillée avec la nausée… J’avais l’impression d’être sale d’avoir accepté que ce mâle s’occupe ainsi de moi alors qu’il n’y avait aucun sentiment entre nous. J’avais l’impression d’avoir profité de mon statut d’Ul’Jaliless même si je ne l’avais jamais encouragé à me faire quoique ce soit. Je savais qu’il avait fait çà avec un sentiment de devoir et je trouvais çà dégradant pour lui et pour moi. Sans doute les femelles sombres n’avaient pas ce genre de scrupules mais moi, je n’arrivais pas à me faire à l’idée qu’un mâle puisse être traité ainsi… J’ai tenté de reprendre mes activités habituelles de récolte intensive en essayant d’oublier cet incident.

La représentante eldorianne Suliane et la doge sinane Llariarith ont toutes deux répondu à ma lettre de proposition d’aide. Suliane m’a assurée que le natif blessé avait été pris en charge par son peuple mais elle m’a toutefois remerciée pour ma proposition qui était « tout à mon honneur ». Llariarith m’a indiquée qu’elle avait transmis ma lettre à son bailli en me précisant qu’on n’allait sans doute pas me demander grand chose à part peut-être d’aider à la garde des enfants d’un des natifs mort dans le temple. Je verrais bien…

J’avais promis à Kharya que j’allais me rendre à la cérémonie de bouclier du peuple. Quand j’avais accepté, je savais que ce serait une épreuve pour moi d’y participer en présence de Kharya : la savoir à côté de moi sans pouvoir la toucher, la voir heureuse sans moi… Mais avec ce qu’il s’était passé avec Yloken, cela devenait une torture, je ne voulais pas croiser le regard de ce mâle.

Je suis arrivée à la dernière minute encouragée par Iymril qui était à mes côtés pendant ma récolte de fer. Elle n’a pas voulu venir restant à l’écart comme toujours. Je suis entrée dans la salle du peuple sans un mot, j’ai salué Kharya de façon très cérémonieuse, en m’inclinant et l’appelant Ilharess. Je ne savais plus où poser mon regard : d’un côté, il y avait Kharya, de l’autre Yloken et en face de moi Elzeberith que je détestais… J’ai fini par regarder le sol devant moi.

Heureusement ma soeur Darkmon était là près de moi, sa présence a toujours été un réconfort. La cérémonie a commencé. Antelas s’est présenté : ses attitudes de jeune mâle agressif et guerrier était amusante mais il ressemblait tellement à tous les autres…

Yloken, quand à lui, a captivé la salle. Son métier attirait l’attention même si il n’est pas entré dans les détails. Elzeberith a cherché à le mettre en défaut en lui demandant pourquoi lui, un servant si obéissant, avait quitté son clan. Avec l’accord de Kharya, il a raconté son histoire. Son Ilharess de l’époque l’avait chargé d’une mission. Il devait séduire la matriarche d’un clan rival du sien et la tuer. Si il était pris, il ne devait rien dire et « disparaître » afin qu’on ne fasse jamais le rapprochement avec le clan qui avait commandité l’exécution.

Il a exécuté l’ordre de son Ilharess mais s’est fait prendre. Il a été emprisonné et torturé. Un jour, il a eu l’occasion de s’enfuir mais cela lui a semblé trop facile. Apparemment, on l’avait laissé s’échapper. Ses tortionnaires ne l’avaient fait que pour qu’il les mène à son ancien clan. Alors, comme son Ilharess, lui avait ordonné, il a disparu et est arrivé sur les îlots.

Encore une fois, Elzeberith a tenté de le déstabiliser en lui faisant remarquer qu’il était toujours dévoué à sa première Ilharess puisqu’il était ici. Il a répondu simplement que c’était la vérité mais que celle-ci ne pouvait plus lui donner d’ordre et que désormais, il se mettait au service de l’Ilharess des îlots. Il a dit çà en mettant un genou à terre. Elzeberith s’est enfin tu. Kharya s’est levée et lui a remis son bouclier. Elle semblait satisfaite de l’avoir à son service.

Durant une partie de la cérémonie, j’ai discuté avec Darkmon qui avait semblé remarquer mon trouble face à Yloken. Je lui ai raconté ce qu’il s’était passé et de mon sentiment de malaise. Elle a été compréhensive et douce comme toujours affirmant que je ne devais garder que les bons souvenirs que m’avaient offerts ce mâle. Je lui ai expliqué aussi que je m’étais coupé des ondes sombres mais elle n’a prononcé aucun jugement. Elle a juste dit qu’elle avait effectivement remarqué mon silence. Je lui ai avoué qu’elle était une des rares personnes dont j’appréciais la compagnie en ce moment et je lui ai proposé de lier nos esprits afin que nous sachions à tout moment quand l’une et l’autre étions réveillées. Elle a accepté.

Après une vague discussion sur l’incident du temple de Pierre-Blanche, la cérémonie a pris fin. J’ai voulu suivre Darkmon jusqu’au dépôt et rester près d’elle mais Kharya m’a retenue. Nous étions seules dans la salle. J’étais mal à l’aise. Que me voulait elle? Elle m’a remerciée d’être venue. Elle m’a avoué avoir cru que j’allais tourner les talons quand j’apercevrais Elzeberith. A vrai dire, je n’en avais rien à faire de la prêtresse. Je la méprisais autant qu’elle me méprisait. Elle n’avais jamais rien fait de bon pour son peuple à part y semer la zizanie et provoquer les autres peuples. Ce n’est pas elle que je fuyais…

Kharya a compris alors que celle que je fuyais c’était elle. J’ai préféré alors lui avouer ce que je tentais de lui cacher jusqu’à présent : je l’aimais toujours autant et je n’arrivais pas à me débarrasser des sentiments que j’avais pour elle. Elle a alors déclaré calmement qu’elle éprouvait une grande amitié pour moi et qu’elle était heureuse de me savoir là mais qu’elle ne pourrait pas revenir en arrière.

Ma réaction m’a surprise moi même. J’ai eu la brutalité que pouvait avoir parfois Killya. J’ai déclaré d’un ton acerbe en quittant la salle: « alors amuse toi bien avec ton mâle et oublie moi ». A peine sortie, la douleur m’a emportée : les larmes coulaient le long de mon visage… La douce Khaena est revenue essayant de s’expliquer par télépathie : « Je suis désolée, je souffre trop en ta présence… Je souffre trop quand tu me parles ». J’ai ajouté que j’avais failli partir la dernière fois que nous nous étions parlés. Elle n’a rien répondu, sans doute surprise et attristée par ma réaction exacerbée.

J’ai essuyé mes larmes en arrivant au dépôt pour que personne ne me voit pleurer comme une sombre trop « humaine ». Darkmon a remarqué tout de suite que quelque chose n’allait pas. J’ai tenté de lui expliquer avec une voix hachée par la douleur en préparant mon sac pour partir en Irilion. Je ne pouvais pas rester… Naralik était devenue comme Galein’th Aseyis : un lieu que je fuirais désormais car lié à une personne que j’avais aimé follement.

Darkmon m’a fait promettre de l’appeler dés que j’en aurais besoin. Je lui ai promis et je me suis enfuie, loin à Trassian retrouvant un froid glacial engourdissant.

Yloken, le servant

Jour 24 Archeno – Fingelien 385
J’ai envoyé une lettre à Suliane la représentante des Eldorians et une autre à la Doge sinane Llariarith. Je leur ai indiqué que je souhaitais venir en aide au natif eldorian blessé par Aldramelech et aux familles des sinans morts dans le temple. Je l’ai fait en tant que simple aventurière. Je me doutais que jamais le peuple sombre ne s’abaisserait à venir en aide au natif eldorian ou alors par pure manœuvre politicienne. Mon geste n’était que pure compassion et tentative d’apaisement et je ne voulais pas qu’il soit salit par ce genre d’arrières pensées.

Kharya est entrée en contact télépathique avec moi. Cela faisait des jours que je n’avais pas eu de ses nouvelles. Elle voulait m’inviter à la cérémonie de bouclier de peuple de deux jeunes sombres : Antelas et Yloken. Je n’en avais pas très envie. Je me sentais apaisée loin des sombres. Elle a du sentir ma réticence. Elle s’en est inquiétée alors je lui ai finalement déclaré que je viendrais…

J’ai regardé la présentation des deux jeunes sombres dans notre salle. Antelas semblait déjà connaître les îlots et disait revenir parmi les siens. Yloken était ce qu’il appelait un « servant » dans son ancien clan. Il déclarait se mettre au service des femelles de notre clan. D’après les réponses qu’il a faites à Elzeberith, j’ai compris que ses « attributions » pouvaient aller jusqu’au plaisir de la chair… J’ai demandé interloquée à Kharya si les servants étaient courant chez les sombres. Elle m’a affirmée que c’était le cas. Ces mâles étaient chargés de satisfaire tous les désirs des femelles. Je n’aimais pas la façon dont l’avait accueilli Elzeberith. Elle l’avait regardé haut et avec une voix chargée de mépris, l’avait traité de « sinane du port », une allusion à la doge Llariarith. Cet accueil méprisant me rappelait la façon dont la prêtresse avait accueillit Ghaara. Mais Yloken ne s’était pas senti offensé comme si il se doutait que la prêtresse viendrait un jour peut-être lui réclamer ses services.

Kharya m’a interrogée aussi sur mes « recherches » et s’excusant de ne pas l’avoir fait avant. Elle voulait parler de Shaael. Je ne l’avais pas retrouvée. Il n’y avait aucun signe, aucune trace… Comme si ses traces avaient été effacées volontairement. Je la soupçonnais d’être tout à fait capable de ce type de subterfuges, faisant partie la guilde des voleurs… Si elle était encore vivante, cela ne signifiait qu’une chose : elle refusait désormais de me voir. Kharya semblait désolée pour moi.

Nous avons ensuite parlé de son fils et de son mâle Oscarhamel. Ils allaient bien tous les deux même si ce dernier avait été blessé. Elle m’a raconté comment Oscarhamel avait sauvé son fils né pâle de sa première femelle. Il m’aurait plus je crois. Kharya en été persuadée en tout cas : c’était un mâle doux et posé. J’ai plaisanté en déclarant que malheureusement, je n’avais eu droit qu’à sa femelle. Elle est allé dans mon sens en affirmant que c’était une vraie mégère. Et j’ai ajouté qu’elle était sans coeur et qu’en plus il n’y avait rien à en tirer puisqu’elle préférait les mâles. Nous avons continué ainsi pendant quelques temps. Nous avions retrouvé notre complicité d’avant… Mais, çà me faisait mal : je savais que cette nuit encore je dormirais seule sans elle. J’ai préféré lui dire que j’étais fatiguée et que j’allais dormir.

J’ai essayé de dormir me tournant et me retournant sans cesse… Je pensais à Kharya et à cette discussion qui avait révélé ce que je tentais d’oublier : je l’aimais toujours autant et elle me manquait terriblement. J’ai erré sans but au travers d’Irilion. Finalement, je suis retournée en Séridia à Trépont me demandant si il ne valait mieux pas que je retourne à Bordeciel.

Et puis, j’ai vu ce jeune mâle sombre dont j’avais parlé avec Kharya : Yloken. Je l’ai salué vaguement les yeux regardant au loin, espérant voir un bateau. Il a du voir que je n’allais pas bien et m’a proposée de boire un verre. Je l’ai tout de suite prévenu un peu agressivement qu’il n’était pas obligé de faire son métier de servant avec moi. Il m’a souri aimablement, affirmant qu’il souhaitait juste que nous apprenions à nous connaître. J’ai finalement accepté l’invitation. Nous avons parlé de tout et de rien. Il était rassurant et plein d’attention.

Il m’a proposé une baignade me faisant remarquer en riant que j’étais couverte de poudre de minerai de fer. Je l’ai suivi au bord d’un lac de Pierre-Blanche près de petites maison en bois. Il m’a aidé à me dénuder. Il était de toutes évidences habitué à le faire. Il m’a entraîné dans l’eau et m’a savonnée me murmurant de me détendre et de juste profiter de ce qu’il me faisait. Je restais silencieuse le laissant faire. Il m’a ensuite lavé les cheveux très doucement.

Il m’a sorti de l’eau me portant jusqu’au lit d’une maison. Il m’a installé sans un mot sur le ventre et a commencé à me masser. Cela faisait tellement longtemps que quelqu’un ne s’était pas occupé de moi ainsi : je me suis laissée faire. Son massage est devenu caressant. Il me disait de fermer les yeux et d’oublier qui il était et de seulement m’imaginer avec un de mes amants. Je lui ai murmuré que j’avais eu aussi des amantes. Il n’a pas été surpris ou ne l’a pas montré, affirmant qu’il pouvait me donner du plaisir comme une femelle pourrait le faire. Il m’a offert plusieurs étreintes. Je me laissais emporter par mon imagination imaginant qu’il était Kely puis Kharya… Quand à lui, il ne s’est jamais laissé aller au plaisir. Quand je lui en ai fait la remarque, il a juste déclaré qu’un bon servant se devait de pouvoir à tout moment satisfaire une femelle. Et que si il n’en était pas capable, il en serait couvert de honte. Puis, il a ajouté en murmurant que je ne devais pas m’inquiéter pour çà.

J’ai fini par être gagné par le sommeil. J’ai senti qu’il me recouvrait d’une couverture et qu’il s’éloignait en silence. Je ne l’ai pas retenu.

Honte

Jour 18 Archeno – Fingelien 385
J’ai honte… honte d’être une aventurière… honte d’être immortelle…
La bataille stupide autour du temple nécromant de Pierre-Blanche vient de livrer un nouvel épisode sanguinaire : quatre natifs sont morts à la suite d’un rituel organisé par les hauts-elfes, les eldorians et les nains pour détruire l’esprit protecteur. Je me suis dit naïvement : « Ca y est! Ils ont réussi, ils ont atteint le fond de leur stupidité. Ils vont se calmer maintenant. ». Mais non, ils continuent à s’invectiver se rejetant la faute les uns sur les autres, oubliant la douleur des familles. Pas uns n’a semblé avoir une once de culpabilité à part peut-être la doge Llariarith qui a offert son aide aux familles des natifs sinans morts.

Sont ils tous devenus fous? Est ce que les landes ont corrompu les esprits de tous les représentants?

Envoutement

Jour 12 Archeno – Fingelien 385
J’étais repartie dans ma récolte de fer. Rodry était encore là, récoltant à mes côtés. Il m’a salué en se présentant. J’ai souri, je connaissait déjà son nom, je l’avais entendu de la bouche d’une personne qu’il avait croisé au dépôt quelques jours auparavant. Mais, je n’ai rien dit me présentant à mon tour : j’étais Khaena une sombre à l’âme trop humaine comme le disaient mes frères et soeurs. Rodry trouvait que c’était un « beau compliment ». Je l’ai repris en lui disant que c’était un insulte dans la bouche d’un sombre. Il s’est senti soudain très gêné, s’excusant de sa bévue. Mais, je n’étais pas blessée, je savais qu’il avait été sincère. Il m’a proposé de lui vendre mon fer : étant forgeron, il avait d’énorme besoin dans ce minerai. J’ai accepté même si je n’avais pas vraiment besoin de lumens, j’avais envie de l’aider.

En me rendant à la crypte de Nukavuri pour m’entraîner un peu, j’ai salué Fharath par télépathie. J’avais toujours autant de difficultés à engager la conversation avec elle. Que pouvais je lui dire?

Je lui ai alors expliqué que je m’étais coupée des ondes sombres comme elle. Elle a semblé agacée : est ce que j’en éprouvais de la satisfaction? est ce que je pensais que c’était une solution? Je n’éprouvais aucune satisfaction, juste du soulagement. Elle a continué toujours aussi virulente : Était elle devenu un modèle à suivre pour que je fasse « comme elle »? Et elle poursuivait en grondant : l’éloignement était une rupture et je ne savais pas vivre seule.

J’ai tenté de m’expliquer : je n’avais pas voulu « faire comme elle » mais juste me couper des inepties que j’entendais, je lui ai avoué d’ailleurs m’être aussi coupée des ondes publiques. Elle a continué me demandant si les inepties concernait ma petite personne. Mais çà n’avait rien à voir : j’en avais juste assez d’entendre des propos mesquins et haineux. Elle s’est esclaffée : il allait bien falloir que je m’habitue parce que ce genre de propos existeraient toujours quoique je fasse et quelque soient les barrières que je pourrais mettre autour de ma « petite personne fragile ».

Pourquoi était elle aussi virulente sur un évènement qui me semblait anodin? Etait elle inquiète pour moi ? Alors que je réfléchissais, mon silence l’a fait réagir : « Ne soyez pas heurtée ». Je ne l’étais pas, j’étais habituée à ses piques. Elle a grogné quelques choses sur mes habitudes. J’ai rétorqué sans animosité que si mes petites habitudes l’ennuyaient, elle n’était pas obligée de me parler. Je crois qu’elle a été piquée au vif : « vous le désirez? Deshmal ma soeur! ». Je suis restée interloquée puis j’ai soupiré en lui répondant par un deshmal.

Je croyais que ma conversation avec Fharath en était terminée pour aujourd’hui. Puis soudain, je l’ai entendue à nouveau, encore plus virulente : « N’attendez pas de ma part une moindre pitié pour les autres surtout quand on me menace. Je n’ai rien à perdre ne l’oubliez pas! ». J’ai cru un moment qu’elle parlait à une autre personne. Je ne comprenais pas sa réaction. Pourquoi s’était elle sentie agressée? Elle m’a répondue de façon acerbe qu’elle ne se sentait pas agressée mais que personne ne lui avait encore ordonné de faire telle ou telle chose. Je ne lui avais rien ordonnée… Je lui avais juste suggéré quelque chose. Elle est devenue agressive : il fallait que je garde mes suggestions pour mes amies humaines. Mais, je n’avais pas d’amies humaines : j’étais trop sombres pour les humaines et trop humaine pour les sombres. Elle continuait de plus en plus acerbe : « Vous vous rendez compte de votre ineptie? Pensez à haute voix si vous ne comprenez pas ».

Je ne comprenais pas sa soudaine agressivité, je lui ai demandé pourquoi elle cherchait à me provoquer. Ce n’était pas le cas d’après elle. Il fallait que je me « délecte des roses piquantes qu’elle m’envoyait avec plaisir ». Était ce une allusion à la lettre que je lui avais envoyée? Je lui ai répondu que je me contenterais de çà si elle ne savait pas m’envoyer autre chose. Elle est devenue soudain plus mesurée. D’après elle, je ne percevais qu’une partie de ce qu’elle cherchait à me dire. Elle a ajouté une phrase étrange : « Je ne suis que le vide où on peut voir son reflet, le reflet qu’on a jamais vu. Procure-t-il du plaisir? Comprenons-nous ce reflet ? Avons nous peur de comprendre? ».

Elle devenait tellement énigmatique… Je lui ai répondu que je ne voyais rien pour le moment. Sa voix est devenue douce et envoûtante. Elle me disait de fermer les yeux et d’apprendre à écouter mon corps. J’ai obéi fermant les yeux, oubliant que je venais de taquiner un orque qui a pratiquement réussi à m’assommer. Je me suis alors assise dans un coin et j’ai écoutée la voix de Fharath. Elle me disait de me relaxer mais j’avais du mal. Amusée, je lui ai suggéré de venir me faire un petit massage pour que j’arrive à me relaxer totalement. Elle n’a pas répondu comme je m’y attendais. J’ai ri en disant qu’elle avait raison, que je risquais d’éprouver trop de plaisir si elle le faisait. Elle a continué imperturbable.

Alors, je me suis laissée emportée. J’étais dans un état étrange, entre la veille et le sommeil. J’avais l’impression qu’elle était là juste contre mon dos. Je sentais son corps chaud contre le mien, son souffle sur ma nuque, ses bras m’enserrant la taille pour m’empêcher de sombrer dans l’abîme du sommeil éternel. Puis soudain, je l’ai entendu me dire que je pouvais revenir… Je me suis éveillée. Je n’ai pas eu besoin de me retourner pour comprendre que je n’avais fait que rêver. Le mur humide et glaciale de la crypte de Nukavuri que je sentais dans mon dos m’avait ramenée à la réalité.

Puis elle m’a demandé doucement si j’avais compris qu’en me focalisant sur des impressions d’agressions, je devenais sourde aux autres sujets. J’ai réfléchi longuement. Oui, c’était tout à fait possible… les agressions me transperçaient tellement que la douleur me faisait oublier le reste. Elle a déclaré qu’il fallait que j’ai foi en ma nature. J’ai répondu tristement : « ma nature sombre ou humaine? ». Elle a arrêté là notre conversation en affirmant que je ne pouvais pas tout t’acquérir en si peu de temps.

Sa voix était toujours aussi douce quand elle m’a dit : « Reposez-vous soeur tendre à la peau sombre ». J’étais touchée par cette façon de m’appeler. Je lui ai obéi sagement. Je me suis endormie en rêvant qu’elle était là contre mon dos protectrice dans la position que j’affectionnais avec Kharya. Je n’osais pas me retourner pour la regarder de peur qu’elle s’enfuit soudain ou qu’elle se moque de moi… J’ai sombré dans un sommeil apaisant.

Silence et engourdissement

Jour 8 Archeno – Fingelien 385
Je me suis coupée des ondes sombres… comme Fharath étonnement mais sans doute pas pour les mêmes raisons… Je n’en pouvais plus d’entendre les membres de mon peuple imaginer des plans stupides pour déstabiliser telle ou telle personne…

Puis j’ai entendu les ondes publiques où une alliance étrange des eldorians, haut-elfes, bleus, kultars et nains faisait front pour la démission de Kharya au poste de Chambellan.
Je n’attendais plus grand chose des Eldorians dont la représentante Suliane se faisait mener par le bout du nez par Voronwe depuis bien longtemps, des nains non plus qui sont de toutes façons stupidement systématiquement contre les sombres et des haut-elfes encore moins dirigés par Voronwe qui ne veut qu’une chose la place de Chambellan.
Mais comment les bleus et les kultars avaient pu donner foi à ce genre d’ineptie? Ne voyaient ils donc pas qu’ils se faisaient manipuler par un ambitieux ne cherchant que son profit personnel?

La politique me dégoûte, je ne veux plus m’en mêler. J’ai décidé de me couper de tout contact avec ces discussions mesquines et vaines. J’ai enfin profité du silence apaisant, en récoltant un peu de fer dont je ne sais pas que faire…

Un haut-elfe était là, Rodry. Je l’ai soudain entendu soupirer. Il a dit simplement que cela faisait des heures que nous récoltions l’un près de l’autre et que nous ne nous battions pas pourtant. J’ai compris que ce devait être en rapport avec une discussion qui avait lieu sur les ondes. Je lui ai donc expliqué que je m’étais coupée des ondes publiques où je trouvais qu’il y avait trop de haine et de mesquineries. Il a souri en déclarant qu’il allait faire comme moi.

Étions nous les seuls à ne plus supporter ces verbiages stupides sur les ondes publiques? Je ne sais…

J’ai continué à récolter ainsi pendant des heures en silence me laissant engourdir par l’abrutissement du travail : piocher le fer, le porter jusqu’au dépôt, l’entreposer et recommencer sans fin…

Retour, pertes et soumission

Jour 4 Archeno – Fingelien 385
Je suis revenue sur les îlots. Shaael était restée introuvable et comme je n’avais pas de réponse de Kharya, je craignais que le peuple sombre ne soit plus dirigé par personne.
Mais à mon arrivée, Kharya était là et depuis longtemps semble-t-il… Elle n’a exprimé aucun sentiment à mon retour et ne m’a rien demandée… Comme si çà lui était indifférent… J’avais pourtant espéré… enfin, je ne sais pas ce que j’espérais… Elle ne m’aime plus. Quand je repense à cette soirée sous les étoiles où elle m’avait avouée son amour, je me demande encore comment nous en sommes arrivées là…

J’avais l’horrible sensation d’avoir perdu ma femelle chat à jamais pour venir en aide à mon ancienne amante Kharya, espérant sans doute que je retrouverais son amour… Au final, je les avais perdues toutes les deux.

J’ai salué Fharath dont j’avais senti la présence, juste par habitude sans vraiment penser à lui faire la conversation, en me demandant juste si elle avait remarqué mon absence. Quand bien même, j’étais persuadée qu’elle ne daignerait pas montrer qu’elle s’en était rendu compte. Mais, une fois de plus, elle m’a prise à contre-pied. Après m’avoir saluée, la première chose qu’elle m’a dite c’est que cela faisait longtemps qu’elle m’avait entendu… J’ai répondu par l’ironie en lui demandant si je lui avais manqué. Evidemment, elle a répondu par la négative : elle n’avait jamais eu besoin de personne… Mais elle m’a retournée la question, affirmant que nous connaissions toutes les deux la réponse…

Je ne sais pas à quelle réponse, elle s’attendait… Mais en réfléchissant, je me suis rendu compte que oui, étrangement, Fharath m’avait manqué. J’aimais nos conversations parfois acerbes qui me faisaient oublier mon désespoir. J’aimais essayer de la comprendre. Alors, je lui ai avoué de façon un peu amère et ironique qu’effectivement, elle m’avait manquée, sans doutes à cause de mes travers trop humains…

Je crois qu’elle a senti que j’allais mal, très mal. Elle s’en ai même presque inquiété me demandant ce que j’avais. Mais comment expliquer la douleur que je ressentais au fond moi à quelqu’un qui ne sait pas ce qu’est l’amour? Elle a semblé agacée ou a fait semblant de l’être, je ne saurais dire, déclarant qu’effectivement les sombres étaient trop stupides pour comprendre ce genre de choses. Mais, je n’avais pas parlé des « sombres » mais d’elle uniquement d’elle. Je m’attendais à une réplique cinglante mais elle a accepté affirmant qu’elle ne savait pas ou avait oublié comment « tendre la main ».

Elle m’a même demandé de lui expliquer ce qu’était l’amour pour moi… Étrange discussion… Pour elle, une relation avec un mâle n’était qu’une histoire de domination et de soumission. Son but était de faire du mâle sa « chose » et qu’il atteigne le « fond de sa déchéance ». Une fois arrivée à ce stade, elle délaissait le mâle n’ayant plus rien à lui apprendre. J’ai tenté de savoir ce qu’elle ressentait quand elle dominait un mâle. Elle m’avoua ne ressentir qu’une « indifférence froide ».

J’ai alors tenté de lui expliquer ce qu’était l’amour pour moi : un échange, un partage, des liens indéfectibles, des émotions intenses… Mais elle ne semblait pas comprendre. Alors j’ai tenté d’utiliser son langage. L’amour était une soumission mutuelle consentie, un asservissement parfois… Elle a semblé satisfaite de ces explications qui entraient dans un cadre qu’elle comprenait, reprenant un ton doctoral comme si c’était elle au final qui me faisait la leçon.

Il est vrai que parfois, je ne savais plus de qui nous parlions d’elle ou de moi… Sans doute qu’elle entretenait volontairement ce flou. Elle cherchait une nouvelle fois à m’amener dans la direction qu’elle souhaitait. Je lui ai donc fait part de ce que je ressentais : l’impression qu’elle cherchait à me modeler à gommer mes « aspérités » trop humaine. Elle a réfuté cela, déclarant que c’était uniquement moi qui ressentais « un rituel de changement en mon fort intérieur » ou peut-être était ce « un acte de soumission » ?

Un acte de soumission? Voulait elle que je me soumette à elle ? J’ai souri tristement : aurait elle de l’affection pour moi ? Elle n’a bien sûr pas répondu préférant éluder la question en affirmant « aimer les sombres à sa façon ». Quand je lui ai fait remarquer sa façon élégante de ne pas répondre. Elle a déclaré ne pas vouloir me laisser de fausses impressions par un « siyo » ou un « nau ».

Elle était une énigme pour moi, parfois je croyais la comprendre et parfois j’avais l’impression d’être à des milliers de lieux d’elle… Il m’a semblé soudain que son humeur basculait un peu vers la tristesse et l’amerturme. Elle disait que « ceux qui cherchaient à lire en elle n’avaient qu’à l’ouvrir, ils ne verrait qu’une âme vide ». J’ai tenté de lui dire que je pourrais la remplir mais elle affirmait que c’était impossible que tout s’évaporait avant. Mais peut-être que je pouvais y arriver si je la remplissais plus vite qu’elle ne s’évaporait. Elle semblait amère : « pour vivre une déception plus tard? ». On ne peut jamais savoir si on s’est trompé si on a pas essayé… même si çà fait mal… Et si on ne tente pas, on reste un objet sans âme.

Après un instant de silence, elle a affirmé que j’avais raison… J’attendais la suite pensant qu’elle allait poursuivre par une remarque cinglante mais rien n’est venu. J’avais tout dit d’après elle. Pensait elle que je la considérais comme une « objet sans âme »? J’ai tenté de lui dire qu’il devait être possible de ranimer un objet sans âme. Mais, elle a déclaré que « les objets sans âme restaient à vie sans âme ».

Je suis partie me coucher ce soir là avec de drôles de sentiments… des sentiments contradictoires envers elle. Parfois, je la détestais pour sa méprisante arrogance et parfois elle me semblait fragile au point que j’avais envie de la serrer dans mes bras. Je ne sais ce qu’elle ressent pour moi? peut-être que je ne suis qu’un jeu amusant pour elle? un nouvel être à soumettre? mais peut-être pas… peut-être qu’elle se cherche à travers moi?

Je ne sais si mon coeur en lambeau pourrait supporter, une nouvelle déconvenue. Pourtant, je le sens qu’il palpite plus vite quand elle est là, et qu’il lui manque quelque chose quand elle n’est pas là. Pourquoi suis je fascinée à ce point par elle? Peut-être que je cherche à m’entailler profondément et définitivement le coeur pour ne plus souffrir? Comme un papillon de nuit qui tourne autour de la flamme d’une bougie et fini par y brûler ses ailes?

Jour 27

Je suis revenu. Mon errance a assez duré. Tout a une fin, même les plus belles des choses. Ne restent que les vivants. Les disparus le sont, même si leur mémoire perdure.

Je ne sais combien de temps est passé depuis la dernière fois que j’ai écrit dans ce journal, impossible de dire ce que j’ai fait durant ce temps. J’ai erré de mon arbre du Val ou dépôt de Pierre Blanche, ne disant mot, passant les journée assis là sur le lit, là sur la chaise. J’étais invisible aux autres et à moi même.

Mais aujourd’hui, je suis revenu à la conscience. J’étais au dépôt de Pierre-Blanche. C’est une Licorne qui m’a tiré de mon hébétement. Elle semblait plus agité que les autres fois. semblant même comprendre ce que je lui disais. Je l’ai suivie quelques instant puis l’ai perdue de vue. J’en ai parlé sur les ondes elfiques dont je venais de retrouver le chemin et Swan m’a répondu que c’était son amie et que cela lui arrivait parfois qu’elle lui réponde aussi. L’elfette est venu la chercher à Pierre-blanche. Elle semblait réellement communiquer avec elle.
Apparemment dans mon absence, une des Divinités Sinanes avait surgi du Temple du Val et semé la pagaille à Pierre-Blanche. Elfes, Eldorians et Kultars voulaient que Adramalech (la divinité) disparaisse alors que les Sinans et leurs alliés Sombres prétendaient qu’ils avaient droit aussi à leur religion. La licorne n’a pas supporté qu’un monstre pareil entache de sang SA terre. Elle nous a demandé de venir avec elle. Elle a combattu le géant et l’a renvoyé dans le temple. La Doge Llariarith a pris cette attaque de l’animal comme une manipulation de Swan (qui était la seule à pouvoir vraiment communiquer avec la licorne), alors que des négociations entre Sinans et Eldorians était en cours (il y a un blocus Sinan à la cité du Port, apparemment). Après le combat, j’ai essayé de comprendre ce qu’il s’était passé en parlant avec Llaririth. Elle m’a semblé blessée de cet affront à ses croyances. Je la comprend. Mais je préfère suivre la Licorne qu’une créature géante, à moitié visible et dont les mains sont tachées de sang.

Trois lettres

Jour 8 Elouenien – Fingelien 384

Cela fait des jours que j’ai quitté les îlots de Draïa après avoir reçu trois lettres. Les deux premières venaient de Kharya.

« Ss’Fenyillya,

J’ai enfin pu atteindre le village Galdur que je cherchais. Le trajet a été long et éprouvant. Les prédateurs dans cette région sont tenaces. J’ai eu la surprise d’être reconnue par quelques uns de habitants. L’accueil a été assez cordial. Cela m’a apaisé un peu.

J’ai bien vite appris qu’Oscarhamel avait fait une halte au village un mois plus tôt, mal en point. Arahda était indemne. Ils ne restèrent que quelques jours le temps que mon sombre reprenne des forces. Oscarhamel n’a pas donné de raison à ce nouveau départ. J’ai été rassurée bien que l’inquiétude soit rapidement revenue.

Je vais rester quelques jours prendre du repos. Une sensation indéfinissable m’étreint depuis mon arrivée. C’est quelque chose de familier mais je n’arrive pas encore à déterminer ce que c’est. Comme si mon instinct était à l’affût. J’en saurais sûrement plus après m’être suffisamment reposée pour méditer.

Puisse le Loup te guider.

Je t’embrasse,

Kharya. »

« Ss’Fenyillya,

Je n’ai pas trouvé de coursier pour ma précédente letttre, je te la joins avec celle-ci. J’ai trouvé ce que je ressentais depuis mon arrivée. Lorsque je portais Arahda en mon sein, je percevais de lui un pouvoir particulier. Il était capable d’influer sur mes sentiments. D’en susciter certains et d’en apaiser d’autres. Ce que j’ai senti était en fait une sorte d’appel qu’il me faisait. Cela m’a fait immédiatement penser que son père et lui ne devaient pas être si éloignés du village.

Je me suis laissé guider. Je me suis enfoncée dans les montagnes jusqu’à l’entrée d’une grotte bien dissimulée. Je suis entrée et j’ai découvert une paire d’yeux améthyste me fixant avec intensité comme pour sonder mon âme. Je me suis accroupie à sa hauteur lui rendant un regard identique. J’ai sentit une vague de peur et de soulagement m’envahir. Il n’en fallut pas d’avantage pour que je sache qu’Arahda me demandait de l’aide pour son père.

Os’ était allongé dans une cavité un peu plus profonde. Il est faible et fièvreux. Une vilaine entaille lui barre le flanc. Une lame empoisonnée, assurément. Il a essayé de se faire un antidote mais visiblement il n’a pas réussit à se guérir. Il n’arrive pas à parler. Je ne suis pas sure qu’il ait compris que je suis là, je crois qu’il pense qu’il délire.

Je vais rester auprès d’eux quelques temps. Demain, j’irai au village pour trouver de quoi le soigner et aussi envoyer ces lettres.

Tiens bon, si la Déesse le veut, je serai bientôt de retour.

Je t’embrasse.

Kharya. »

J’étais heureuse pour elle et je me réjouissais déjà à l’accueillir bientôt et la serrer dans mes bras. Mais la troisième lettre a glacé toute la joie qui m’avait envahie. La lettre venait de Lydia, une humaine qui avait été affectée au service de Shaael par le Jarl de Blancherive. Celle-ci m’indiquait que Shaael avait disparue depuis mon départ de Bordeciel.

Je suis partie en catastrophe des îlots laissant la « gérance » du conseil à Polgarath sous les reproches de Mulvaar qui n’appréciait pas que je décide de choisir seule celle qui aller devoir me remplacer.

Cela fait des jours que je cherche Shaael dans les contrées glacées de Bordeciel. Je suis terrifiée à l’idée de découvrir son corps quelques part. Je dors à peine… mes rares heures de sommeil sont ponctuées de cauchemars, où Shaael sous une forme éthérée s’éloigne de plus en plus de moi…

J’ai fini par arrêter mes recherches quelques instants pour écrire une lettre à Kharya.

« Ma Shaa’enySs,

J’ai reçu tes deux lettres, elles sont arrivées en même temps qu’une troisième.

Je suis heureuse que tu ais retrouvée ton mâle et ton fils. J’imagine que celui-ci doit être magnifique avec une mère aussi belle que toi. Et si il a tes superbes yeux améthystes, aucune femelle ne lui résistera. Que comptes tu faire d’eux? Vas tu les ramener sur les îlots?

Quand à moi, j’ai du partir précipitamment… La troisième lettre était celle d’une humaine Lydia qui avait été affectée au service de Shaael quand elle devenue Thann de la ville de Blancherive. Elle me faisait savoir que Shaael n’était pas réapparue depuis mon départ de Bordeciel et elle se demandait si elle était venue me rejoindre… Mais comment le pourrait elle? Je l’avait toujours prévenue qu’il ne fallait jamais qu’elle y mette les pieds : les Landes pourraient la transformer en démon d’jhi.

Morte d’inquiétude, j’ai fait savoir sur nos ondes que je devais partir et que je laissais la gérance du conseil à Polgarath en attendant ton retour que j’espérais proche. Mulvaar m’a reprochée de prendre cette décision seule sans en avertir le conseil mais je ne pouvais attendre que tous les membres soient là. J’espère que tu as pu revenir assez vite comme tu me l’as dit dans ta lettre…

Voilà maintenant des jours et des jours que je cherche Shaael dans tous les coins de Bordeciel… Je dors et je mange à peine. L’angoisse de ne pas la retrouver vivante enserre mon coeur dans un étau douloureux… J’ai peur…

Elle me manque… autant que tu me manques…

Que Khala veille sur toi.

Khaena. »

J’ai trouvé un coursier pour lui remettre la lettre et je suis repartie dans mes recherches, poussée par la terrible angoisse d’avoir perdue ma femelle chat.

Rencontre avec Suliane et rituel d’intervertion

Jour 12 Thyllion – Fingelien 384
Avec l’affaire du temple nécromant de Pierre-Blanche, j’ai demandé à voir Suliane, la représentante des eldorians. Je me suis fait accompagnée d’Alak, le représentant des elfes noirs et de Darkmon devenue Jaliless depuis peu. La discussion est restée des plus cordiales à part pour Alak qui est resté renfrogné et de mauvaise humeur comme un gosse qu’on a puni. Il est vrai que je l’avais un peu forcé à venir mais en tant que représentant, il se devait d’être là car il est chargé des relations avec les autres peuples.

Je dois dire qu’il commence à m’agacer. Même si il est fidèle et dévoué à notre peuple, ses petites attitudes boudeuses et son manque d’initiative m’exaspère. Quand je lui demande de faire une déclaration simple sur notre soeur Nisrath à l’esprit égaré, il trouve quand même le moyen de me demander de l’écrire. J’ai parfois l’impression d’avoir un simple exécutant totalement dénué d’intelligence. Et pourtant, il en a. Il a proposé des idées concrètes pour aider les nouveaux arrivants de notre peuple. Peut-être que ce rôle de représentant n’est pas pour lui, ou peut-être était il trop tôt pour le mettre à ce poste…

Quand à Darkmon, je l’apprécie de plus en plus. Nous passons beaucoup de temps ensembles, partageant de nombreux fous rires. Son calme et sa sérénité sont des plus apaisants pour mon esprit torturé. Si elle n’avait pas son mâle Deskhart, sans doute que je tenterais de la séduire. Mais je crois qu’elle n’est absolument pas intéressée par les femelles… Il y a pourtant une connivence entre nous presque instinctive.

Toujours est il que notre réunion avec la représentante Suliane s’est bien passée. Elle a compris notre position et elle a apprécié que nous proposions notre aide. Nous avons d’ailleurs été le seul peuple à le faire.

A peine sortie de cette réunion, la haute prêtresse Polgarath nous a convié au rituel d’intervertion qui devait faire de Seliane sa fille à part entière en lui donnant un nouveau prénom.
Cette histoire avait été l’occasion de nombreux fous rires avec Darkmon d’ailleurs. Polgarath avait sortie plusieurs phrases que nous avions détournée comme : « je lui donnerai un nom comme telle. » ou « baptiser ma fille du nom qui lui revient ».
Nous avions imaginé que Seliane s’appellerait « commetelle » ou quiluirevient », ce qui provoquait chez nous des fous rires difficilement répressibles.

Difficile pour nous alors, durant la cérémonie, de rester de marbre, même si je pense que nous sommes à peu près arrivées à garder une attitude digne du moins de façade. Je dois dire que quand Polgarath a prononcé l’incantation « pytruuijyf gyu Sathia, ghyreaj rhu Lith, cumyyrraz Kharya, Ggrlloihhrre, Fruyoooik Seliane » et que Darkmon m’a envoyé par télépathie un « à vos souhaits ». J’ai failli éclater de rire.

Mais je pensais à Seliane et Polgarath pour qui cette cérémonie était importante, alors j’ai retenue mes rires. Seliane a soudain disparue dans un nuage de fumée. Quand la fumée s’est dissipée, Polgarath a prononcée le nouveau prénom de sa fille : Jhanniss.

Nous lui avons tous souhaité la bienvenue. J’espérais intérieurement que ce nouveau nom ferait d’elle également une nouvelle elfe noire, digne de sa mère.

Powered by WordPress | Theme: Motion by 85ideas.